samedi 7 janvier 2006

Mitochondrie

La question du chauffage est assez brûlante ces derniers temps.
Parfois le sang s’engourdit, comme quand on marche dans la neige longtemps jusqu’à l’anesthésie frigorifiée (là je sens que vous avez une petite chair de poule, hmm ?), et donc il faut retrouver une circulation normale, chasser le cheval de Charley (quelle belle expression, hein, meilleure que les fourmis françaises, car elles, on les sent courir, mais le cheval, il paralyse un gros morceau de muscle, tout d’un bloc) et voir et sentir de tout mon corps ce qui me tombe sous les sens sans bruit ni picotis. Sans bruit ni picotis, ces Choses Éphémères, Légères, Invisibles, Silencieuses. Des CÉLIS. Dans le métro on serre une barre pour se tenir quand on est debout et que ça tangue, et la main d’une autre personne a laissé de la chaleur dessus et on sent cette chaleur (oh pas longtemps, pas longtemps, on ne sait pas combien de temps parce que notre propre chaleur se mêle alors à la chaleur inconnue et on ne sait plus quelle est la chaleur de qui). Ça peut même être un peu dégoûtant, cette proximité calorifère.
On ne sait rien du propriétaire de la main, juste les effets de ses mitochondries sur le métal et c’est tout ; et pourtant c’est quand même étrange, cet intime involontaire : imaginez, mélange de mitochondries !
Autre chose éphémère silencieuse qui arrive à la caisse des supermarchés (attente vide, mais pas exactement entièrement vide car il y a toujours tellement de nouvelles marques de bonbons plus ou moins mentholés, à cet endroit) : une personne vient se placer juste derrière vous dans la queue, submergée de courses, et la caissière lui dit que juste après elle, la caisse est fermée, et toutes les autres caisses ont des queues infinies... On lit un éclair (oui un véritable éclair) de soulagement intense dans les yeux de la personne submergée de courses, et votre regard croise cet éclair, un très court petit moment M, ou plutôt m, et là encore, on ne connaît pas cette personne, mais pourtant : mini court-circuit !

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