samedi 17 mars 2018

Punition à l'école

samedi 2 décembre 2017

i min väska har jag

i min väska har jag/ En penna/ Min mobil/ En tidning/ Och alla orden som jag vet inte i svenka/ De väntar runt mig/ Tyst/

lundi 20 novembre 2017

Le bleu du ciel

Si longtemps que je n'écris plus ici. Je croyais avoir perdu mon mot de passe. Je croyais avoir perdu la mémoire. Mais non, tout revient comme un flot d'images. Tout le ciel frais et clair, tout le passé en orange et blanc (avec des noisettes).

lundi 21 octobre 2013

"Connecting the dots", by Amanda Palmer

"If you are an author, or any kind of artist, this may be a... familiar story. Do you remember.... when, as a kid, you were on a field trip, or maybe even on a literal field, let's say on a day long journey, with teachers and students, outside the usual rythms of school life and recess and lunchroom and familar spaces and you found yourself straying from the topex and the tasks at hand and you made discoveries, and connections, wandering off with your own imagination and you were excited!! with your discoveries, in that moment, in that new space and maybe you held them up proudly, saying -Did you ever notice, that "this" looks like "this" (Amanda shows her open right hand, then the left one.) the shapes on the sleeve look like cracks on the puddle of ice, look like the veins on the back of my hand, look like the pattern on the back of the sweater or maybe a little less poetic -hey! This rock looks like a dog poop __connecting the dots between things and maybe you thought it, and maybe you had the impulse to say it aloud..." (This is a transcript of 1.75min out of 33+min of Amanda Palmer's speech)

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lundi 11 février 2013

Les objets ne sont pas des objets

Epluchures d'orange, le blanc et l'orange, et le couteau juste à côté. Le geste d'éplucher, par bandes, avec petit cercle sur le dessus, un geste précis, celui de mon père qui m'a appris comment faire et qui ne peut plus les éplucher maintenant car ses mains tremblent trop. Mais en regardant ces épuchures : ce ne sont pas juste des épluchures, mais les gestes, mais le temps, le parfum des oranges. Même chose pour les magazines qui traînent, ou ce morceau de papier là : qu'est-ce que c'est ? oh 42 euros, à quoi correspondent ces 42 euros ? je ne sais plus : ah si ! un repas au bord de la mer, en plein hiver, dehors, vagues affolées, cheveux étonnés, ah ! et ces pâtes au figatellu, bien chaudes, quel délice. Et les paroles dans l'air toutes légères avalées par les cris de mouettes. Voilà, tout cela est contenu dans ce petit papier, petite note avec nombre inscrit dessus et "merci, à bientôt", à la fin. Voilà, vous comprenez que je ne sais pas "ranger" (qui signifie aussi "jeter"), ça me prend des heures.

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samedi 26 janvier 2013

Voyage dans le temps

La radio est si extraordinaire. Ce matin très tôt j'ai écouté une émission étrange : je comprenais les mots, mais leur musique me semblait différente, comme venue d'ailleurs. Et puis,au fur et à mesure, à longueur d'ondes, j'ai reconnu d'abord les prénoms (Estelle, Garcin), puis la pièce de Sartre, "Huis clos". A la fin, on annonce que cette pièce a été diffusée pour la première fois le 2 août 1958. J'imagine ce temps-là, enfin j'essaie, je me demande comment avoir une idée d'un temps où l'on n'existait pas soi-même : en écoutant la radio !

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dimanche 6 janvier 2013

Très tôt le matin

samedi 29 septembre 2012

Retomber sur Terre

Sa voix a un ton de reproche, au début. Mais je travaille, tu sais. Alors elle se radoucit. Elle me dit que là, de parler un peu avec moi, ça fait du bien, "on retombe sur Terre". Elle s'appelle Rosette, elle a 101 ans.

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dimanche 19 août 2012

Dentiste

La douleur s'élance par bonds. Dans la chaleur qui pulse. Mais là tout est frais, climatisé, immobile. Une télé murmure, sur son maxi écran plat. Les sièges ronds, accueillants. Puis c'est à moi. La dentiste décide une extraction. Si vous avez déjà entendu prononcer ce mot sur une chaise articulée de dentiste, quand votre corps entier est concentré dans un petit bout d'émail,(tellement réduit, tant de pression) vous savez un peu de quoi je parle. EX-TRAC-TION. Paralysie. Elle me dit, au vu de la radio que "ça va pas être facile, je préfère vous prévenir". Dix gouttes de sueur dans mon dos. Je suis anesthésiée, ma dent est dévitalisée. Et pourtant, quelle torture. Mais comment faisaient-ils au 19e siècle. Pendant l'extraction (ce mot !! rien que de l'écrire, de l'entendre dans ma tête, il me stresse !) la dentiste sifflote. OUI ! elle sifflote, et ce sifflotis-là, c'est la plus belle des musiques. Elle dit "je suis cool, je maîtrise, on va arriver à l'extraire, no worries, no souçaï." Je respire par le nez.

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lundi 26 décembre 2011

Les mots de Clem

Clémence a cinq ans. Elle est arrivée avec deux grosses boucles d'oreilles en plastique blanches et rose fuchsia, en forme de coeur. Les yeux rouges parce que son père ne voulait pas les lui mettre avant d'entrer. Quand elles les a senties pendant à ses mini oreilles, la joie l'a remplie jusqu'aux yeux, elle se pavanait, se faisait admirer, tournicotait sur elle-même en faisant des mines. Puis, s'asseyant enfin sur un gros fauteuil de cuir, les yeux dans le vague, se parlant à elle-même "je vais mourir tellement je suis belle".

Un autre jour : "moi je suis un garçon manqué". Comme elle prononçait cette phrase dans une adorable petite robe, je lui fais remarquer qu'en général, les garçons manqués préfèrent les pantalons. "Mais moi je suis un garçon manqué qui aime les robes".
Un peu plus tard, levant les bras vers le ciel: "je suis forte, je porte la Terre". Comme on s'extasiait autour d'elle :"oui, mais je suis pas mollassonne".

Parfois, je lui pose une question, mais elle suit son idée, sans répondre, même si je répète ma question. On lui fait remarquer que j'ai posé une question. Alors elle s'arrête,
sourit, et me dit, l'air disponible et ouvert "oui, qu'est-ce qu'y a" ?

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dimanche 4 septembre 2011

Qui sommes-nous ?


"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

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dimanche 29 mai 2011

Premiers vrais signes de printemps

Le texte qui suit a été écrit par Dominique D. le 26 avril 2008, en Champignacie.

Tout d'un coup, on voit les mollets et les épaules des filles.
De grandes bâches le long de sillons et puis les écriteaux Vente
d'asperges. Les champs de colza sont maintenant bien dorés.
D'immenses stères de bois de chauffage sont entreposées au bord des chemins forestiers.
Une Jeep US à étoile blanche véhicule à travers la ville un quartetde jazz tout de blanc vêtu.
Des lycéens qui se reposent au milieu du jard.
Des camions à benne et des pelles mécaniques pour la récolte de la luzerne.
Des barquettes de fraises trop précoces pour la saison dans les
supermarchés (et pourquoi pas des cerises tant qu'on y est ?)
Le chant du coucou le matin.
Un écureuil qui traverse la route.
Moins d'oiseaux qui picorent dans les champs de terre.
Des tas de bouteilles d'eau qui apparaissent en classe ou en salle
des profs. Les klaxons des cortèges de mariage qui font le tour de la ville.
Les premières polémiques sur Cannes.
Les fontaines à jet d'eau en activité.
Des cyclistes (rares, mais plus présents).
Des mots d'allemand ou d'anglais dans la rue.
Le petit train touristique qui passe sous mes fenêtres avec sa clochette.

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dimanche 16 janvier 2011

Chanson de Barberine

Beau chevalier qui partez pour la guerre,
Qu'allez-vous faire
Si loin d'ici ?
Voyez-vous pas que la nuit est profonde,
Et que le monde
N'est que souci ?

Vous qui croyez qu'une amour délaissée
De la pensée
S'enfuit ainsi,
Hélas ! hélas ! chercheurs de renommée,
Votre fumée
S'envole aussi.

Beau chevalier qui partez pour la guerre,
Qu'allez-vous faire
Si loin de nous ?
J'en vais pleurer, moi qui me laissais dire
Que mon sourire
Etait si doux.

Alfred de Musset

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lundi 6 décembre 2010

Les bruits n'entrent en scène

Les bruits n'entrent en scène
qu'au milieu du désordre.
A son aise, le sang
cogne dans les cloisons,
clouant ses projecteurs,
ceinturant d'angles vifs,
d'échos, d'éclairs, d'échardes,
le désarroi du corps :
C'est trop tard ! Les symptômes
quittent le dictionnaire
et deviennent de chair.
La réalité saute
le mur des mots. On souffre.

Axel Toursky

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dimanche 5 décembre 2010

Un appel démesuré émanait de lui, qui ouvrait béance immense autour

Le texte qui suit est de Jean-Yves Fick. Le titre est de moi, juste une citation du texte lui-même. Comme je les trouve beaux (la citation et le texte), je les mets dans ce blogue pour les retrouver facilement.


Dans la foule passent d'insolites figures. De loin en loin, leur ombre troue les trames trop labiles des heures. Les reflets se font plus denses, plus sourds les échos. Les surfaces brûlent au contrejour.
Il apparut un soir, il était immobile.
Ma voiture lancée à pleine vitesse avait heurté une poutre qui tombait sur la route ; j'étais indemne, je reprenais des trains, je traversais des gares en trombe. Un carnet m'accompagnait, j'y glissais de vagues notes, prises aux cahots de la phrase ou des trajets; je n'y saurais jamais dessiner, fussent interminables les attentes à venir.
L'homme entrait déjà dans le grand âge. Il était assis seul, sur un banc, au beau milieu d'un quai, nul train ne s'y arrêtait jamais pour déposer ni prendre des voyageurs. Il semblait attendre, en longue patience attendre. Qu'on le vienne chercher. Qu'on le vienne voir. Qu'on lui vienne parler. Austère, digne et droit, sa forme tutélaire incarnait l'énigme; elle s'était fourvoyée parmi les voix enregistrées- fausses-, les pas perdus, les déplacements imprévus ou vifs, les courses haletantes de dernière minute, sur fond de heurts sourds et de grincements métalliques, toutes choses si futiles et vaines.
Les mouvements saugrenus proliféraient en lui, autour de lui, rumeur ou clameur, il demeurait impassible, il tentait de capter un peu de chaleur et de lumière, la bascule dans le soir et la nuit ne tarderait pas. Chaque semaine, aux mêmes temps, les mêmes jours, il venait s'assoir à cet avant-poste du nocturne. Nul ne savait ce qu'il y contemplait. Ses expressions variaient au gré de la mémoire qui l'absorbait entier. C'étaient parfois des discours enflammés, sans que l'on pût savoir quelles scènes se rejouaient là.
D'autres jours, une impassibilité pâle, effrayante, la tristesse d'être là, vie livrée à l'abandon, à sa forme transparente, désespérée. Une horloge ironique accrochée au-dessus de sa tête décomptait les minutes, les heures et les jours qui se hâtaient vers l'inexorable qu'il ne pouvait rejoindre. Un appel démesuré émanait de lui, qui ouvrait béance immense autour ; on évitait de l'approcher trop, les pas faisaient un détour machinal; on était aux prises avec un malaise brusque, violent. Personne ne semblait à même de le voir. Il était devenu le prince Tithon, la nymphe lassée l'avait enfermé là, au bout du monde, elle dont la passion oublia d'obtenir pour lui l'éternelle jeunesse. On avait négligé -un décret absurde et cruel- de le muer en cigale lorsqu'il fut parvenu au bout de l'âge. Le vieil Océan lui-même avait reflué en ses confins inaccessibles.
Il m'arriva de le croiser un peu plus loin, à l'extérieur de la gare. Il rentrait chez lui, il laissa choir l'une des béquilles qui soutenaient sa marche. Je la ramassai, lui dis quelques mots. Il éluda tout échange. Nous étions l'un et l'autre radicaux étrangers. Il se remit en route. Ces rencontres ne se produisaient jamais qu'aux moments précis où de subtils décalages affectaient l'ajustement des réseaux, dans lesquels nous étions pris. Elles furent et demeurent rares.
Le jeu des saisons nous séparait. Les longues brûlures de l'été, sa touffeur intolérable en plaine m'obligeaient à fuir au loin. Les hivers féroces qui gelaient à cœur les aiguillages et les voies, leurs vents cinglants, leurs ténèbres lourdes, humides et glacées faisaient des lieux une incarnation de l'hostile. Ils prenaient la forme glaciale d'un gouffre. Durant de longs intervalles, le vieil homme de la gare s'absentait des chemins en regard. Je l'apercevais au passage, dans le salon d'une résidence proche; il y était le plus souvent seul, un peu à l'écart, dans une oblique subtile; il pouvait arriver qu'une infirmière se trouvât là et lui parlât doucement. Il vivait là, à petit bruit, dans un appartement minuscule, où demeuraient avec quelques vestiges de sa vie, une lumière froide et lointaine; on avait banni l'usage des bougies, nulle flamme ne venait jamais approfondir la pâleur des matins ni la douceur obscure des soirs.
Tout me porte à croire que nous ne nous pourrons jamais dire ne serait-ce que nos noms. La joie imprévue de le revoir, au sortir de nos disparitions, me dit combien je lui suis attaché. J'en ignore la raison véritable. Je crois deviner qu'un jour, à mon tour, il me faudra venir m'assoir au rebord du monde, et attendre, seulement attendre qu'advienne ce qui n'a pas de nom. Oui, pour peu que la foudre continue à frapper le versant où je ne marche pas, pour peu que tombent des branches mortes – impact mat et sourd – à l'endroit où je ne me tiens pas, pour peu que la falaise ne s'éboule pas où me portent mes pas, pour peu que des bus me frôlent de toute leur masse aveugle sans me heurter de plein fouet; oui, il me faudra bien à mon tour aller m'assoir sur un banc, sur un arbre abattu, sur une pierre ; à côté de moi sera l'angoisse qu'on éprouve devant ce qui approche, et ne me peut aujourd'hui apparaître.
****
Ma fille m'offrit un jour un dessin merveilleux. On y voyait un homme, au volant d'une improbable guimbarde, fenêtres ouvertes, mais à quoi de la vitesse? Sous mon visage, son trait avait retenu la forme très exacte du crâne. Je lui souris, mon émotion devint insondable ; je ne savais pourquoi. Les enfants portent en eux des infinis que l'âge estompe vite. Je crus entrevoir ce qu'elle avait saisi. Ne m'importe plus que de renaître à ce regard en moi. Ce qui viendra après, je ne le peux pas savoir.
La nuit allume des images et des flammes étranges, elles brûlent haut, leur lumière est vertige. Ma main y approche une porte d'un bois très vieux, elle désire encore son toucher doux, il se dérobe dès avant que ne s'ouvre le seuil; j'accède à une pièce d'ombre où sont d'antiques volumes, ce que je quitte ne me manque ni ne m'effraye, j'entre où sont des voix qui bruissent, un feuillage de langue inconnu.


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http://yzabel2046.blogspot.com/2010/12/vases-communicants-entre-aedificavit-et.html

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dimanche 10 octobre 2010

Dominique

Quand, tourné vers le ciel, on voudrait pleurer et que là-haut, tout à coup, à la queue leu leu, trois petits nuages roses prêtent à rire ; quand à la mi-février on s'y croit déjà, et que le vingt-huit du mois, de nouveau, la neige le dispute au printemps ; quand d'un grand malade on entend dire qu'il va mieux et que, le lendemain, il est mort ; quand après le va-et-vient on va doucement, et puis presque plus, parce que c'est dangereux ; quand après avoir roulé longtemps l'avion attend et que, brusquement, il nous emporte; quand, en plein milieu de la journée on se dit "Oh là là, il faut que j'appelle Maman" et que ce n'est plus la peine, depuis deux ans déjà ; quand un matin après l'hiver, on fait fête au premier grand beau temps et qu'on se souvient qu'on est vieux ; quand au coup de sonnette on va, la serviette à la main, ouvrir la bouche pleine, et que c'est une bonne nouvelle; quand on apprend que trois frères existent, qui font de la musique; quand on ne croit plus à rien, et qu'encore une fois la vie s'emballe... Toutes fois que le temps a comme un hoquet, toutes fois que le temps marque un temps, il faut prendre le pas..."

Raphaële Billetdoux "Mélanie dans un vent terrible"

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vendredi 26 mars 2010

Barbara

Barbara a le teint clair, les yeux gris, les cheveux à la fois blonds et gris. Quand elle pose les yeux sur les choses, les êtres ou les mots, elle le fait à peine, comme si elle avait peur de les abîmer, ou qu'ils l'abîment. Barbara n'ose pas parler en public, car elle trouve son français mauvais. Quand elle n'a qu'un seul interlocuteur, elle pose les mots délicatement, sur la pointe des lettres, d'un regard interrogateur, pour guetter s'ils n'ont pas créé, dans les yeux de l'autre, un déplacement, un dérangement linguistique imprévu, une surprise syntaxique qui pourrait entraîner un amusement, ou, pire, une moquerie.

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dimanche 7 mars 2010

Rosette

Rosette a quatre-vingt dix-huit ans et demi. L'oeil vif, le verbe haut. Elle marche à tout petits pas, elle a une canne qu'elle garde suspendue à son avant-bras, comme une décoration inutile. Elle chancelle, ne voit presque plus, mais ne se plaint jamais de rien. Quand on lui demande comment ça va, elle répond toujours "pas trop mal, pas trop mal", doucement, un sourire dans la voix.

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jeudi 25 février 2010

Les mots de Math

Samedi 6 mars 2010 :

LE BRUIT DU DECOUPAGE
Mamine : pourquoi tu as fait semblant de ne rien entendre quand je t'ai dit de ranger tous les papiers, tout à l'heure ?
Math : ben, en fait, avec le bruit du découpage, j'ai rien entendu.


Samedi 20 février 2010 :

CHEVEUX
Math (cinq ans) : "les filles ont les cheveux longs et les garçons ont les cheveux courts"
Moi "ah bon ? pas de filles aux cheveux courts dans ta classe" ?
Math : non
La mère de Math : ben et Clara Bonnard ?
Math, me regardant : oui mais Clara Bonnard elle est pas coupée à ras comme toi !

LE BONBON
Math fait tomber un bonbon par terre, puis continue à jouer comme si de rien n'était.
Moi : va le jeter à la poubelle.
Math le pousse un peu par terre, sous le fauteuil "mais on le voit plus" !!!

Fin 2009
LES SEINS
Math, montrant mes seins : "tu es magnifique"
Moi "c'est mes seins que tu trouves magnifiques ?"
Math "mais non, tu es magnifique de partout" !!

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jeudi 4 février 2010

L'escargot

L'escargot se déplace dans une continue
création de son corps s'invente et se rejoint
Il glisse avec aisance dans le tunnel sans fin de son identité
On le dit peu rapide sans voir que le précède son image future
et qu'il avait en lui la route qu'il emprunte.

Toursky

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jeudi 28 janvier 2010

L'attrape-coeur

You know that song 'If a body catch a body comin' through the rye'? I'd like--""It's 'If a body meet a body coming through the rye'!" old Phoebe said. "It's a poem. By Robert Burns.""I know it's a poem by Robert Burns."She was right, though. It is "If a body meet a body coming through the rye." I didn't know it then, though."I thought it was 'If a boy catch a body,' " I said. "anyway, I keep picturing all these little kids playing some game in the big field of rye and all. Thousands of little kids, and nobody's around -- nobody big, I mean -- except me. And I'm standing on the edge of some crazy cliff. What I have to do, I have to catch everybody if they start to go over the cliff -- I mean if they're running and they don't look where they're going I have to come out from somewhere and catch them. That's all I'd do all day. I'd just be the catcher in the rye and all. I know it's crazy, but that's the only thing I'd really like to be. I know it's crazy."

JD Salinger, qui est mort aujourd'hui.

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Océans

J'ai vu hier le film-documentaire de Jacques Perrin, Océans. Je ne veux pas parler du commentaire qui était banal et un peu simplet, mais seulement des images, du mouvement, des couleurs, des angles de vue, des surprises, de ce que les Anglais appellent "awe": mélange de respect, d'extase, d'admiration, d'humilité, de plaisir et de sidération. Oui, tout cela à la fois !
Des créatures aux formes incroyables, délicates comme des papillons, glissant sur l'eau comme en apesanteur, ou vives comme l'éclair pour fondre sur leur proie ; énormes et puissantes, comme ces cachalots filmés de si près qu'on aurait pu les toucher, pour contempler à loisir leurs taches noires sur une peau laiteuse, des taches toutes différentes, mais formant un ensemble si harmonieux, comme des peintures... la peau des cachalots m'a fait penser à des haricots blancs tachetés : même irrégularité élégante, même assemblage imprévisible et beau.
Un iguane, filmé au début, semble tout droit sorti de la préhistoire : le réalisateur filme ses pattes lentement, hors de toute échelle, de bas en haut, très lentement, de sorte qu'on puisse distinguer chaque millimètre de sa peau, chaque ridule, chaque dessin. La caméra le suit par derrière, on entend sa respiration sous l'eau, puis l'éclatement de son arrivée en surface... la rupture est fracassante, radicale : on passe en une fraction de seconde éclaboussée d'un monde assourdi à un autre, clair et net, résistant et dur.
Et les couleurs : j'ai vu un poisson-ruban. Il existe des jouets pour les enfants, de longs rubans multicolores qui deviennent vivants dès qu'on les agite dans l'air, parce qu'on ne distingue plus bien les couleurs qui bougent trop vite en ondulant comme un serpent : eh bien ce poisson-là, c'était un poisson-ruban qui bougeait tout seul, royalement, élégammant, de toutes ses couleurs éclatantes.
Et les baleines : on ne sait où elles commencent, où elles finissent, leurs formes énormes remplissent l'écran-océan, un mélange de bienveillance et de puissance inouïe.
Un autre plan montre des milliers de tout petits poissons tournoyant sans cesse et formant une sorte de boule mouvante : quel mystère ! comment tous ces si petits poissons peuvent-ils avoir l'idée si précise de ce qu'ils créent ? comment savent-ils comment se déplacer pour créer une boule aussi parfaite ? Aucun d'entre eux ne sort de la boule parfois pour avoir une vue d'ensemble, non : ils tournent tous en parfaite harmonie et forment cette boule tous ensemble comme par magie... Mieux ! la boule de poissons peut se défaire et se refaire en quelques secondes !(juste après qu'un danger est passé, par exemple).
Tout à coup l'écran se couvre d'araignées de mer... d'abord quelques-unes, puis de plus en plus, puis des milliers ! un rassemblement hallucinant et secret, en plein océan... plus loin des méduses gonflent leurs robes de dentelles, rivalisent de délicatesse et de transparence.
Le spectacle des mini tortues sortant du sable et découvrant le monde pour la première fois, de l'oeil un peu hagard du nouveau né encore un peu fripé, m'a contracté le coeur. Leurs mouvements sont hésitants, désordonnés, et pourtant précipités d'urgence : vite, vite, la mer ! de grands oiseaux de proie tourniquent déjà dans le ciel et fondent sur elles comme des bombes. La distance jusqu'à la mer semble si grande pour leurs petites pattes, et leur allure si pataude ! la tragédie est déjà là, juste au sortir de l'oeuf.
Ce qui m'a le plus réjouie dans ce film, c'est la vrille virevoltante des dauphins. Un banc de dauphins glisse vite dans l'océan, glisse glisse, certains font de petits bonds, puis, tout à coup, l'un d'entre eux s'élève dans le ciel et fait 7 ou 8 fois des tours sur lui-même, puis retombe dans l'eau et continue à nager : alors commence un véritable ballet de dauphins, tous s'élancent et font des tourniquets, des cabrioles : j'ai l'impression qu'ils rigolent ! ils vrillent dans l'air par pur plaisir, il ne s'agit pas d'attraper une proie ni rien, mais juste de se régaler à tourner sur soi-même au-dessus de l'océan, à remplir l'espace de toute leur joie de dauphins virevoltants.

... pendant ce temps-là...
Il m'était difficile de faire abstraction de l'odeur de pizza à ma gauche (odeur intense des pizzas, puis farfouillage intensif dans le sac de madame pour trouver des mouchoirs en papier pour monsieur, on s'essuie les mains, mais le gras ne part pas (c'est de la pizza quand même), donc re-farfouillage pour trouver une lotion au citron, badigeonni-badigeonna, puis on remet en place la lotion au citron ; difficile aussi d'ignorer le sac de pop-corn au milieu de la salle, ni les commentaires en temps réel derrière moi (là c'est des méduses, oh il lui a arraché la patte, oh celui-là n'est pas beau, quelle horreur), ni la luminosité des téléphones portables (toujours le même couple aux pizzas) ouverts, puis refermés, puis rangés, puis rouverts... criiiiiiise !

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jeudi 21 janvier 2010

La preuve

« La photo ne veut rien dire, elle ne dit rien, elle ne prouve rien (...) Avoir investi dans la photographie cette valeur de "preuve", affirme-t-il, a créé la concurrence et les photos "bidons". Quand il s'agit d'une vision personnelle, il n'y a pas de concurrence. Ce qui compte, ce sont les petites différences, les "idées générales" ne signifient rien. Vivent Stendhal et les petits détails ! Le millimètre crée la différence. Et tout ce que prouvent ceux qui travaillent dans la "preuve", c'est leur démission devant la vie. »
Henri Cartier-Bresson

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lundi 28 décembre 2009

The music garden

Night's syringe shoots a little dose of darkness around our bed
Carved by music the garden's contours are returning
A gasping corolla bursts into colour

Yang Lian

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You can Hear the Stare Hit the Wall

Here’s this old house you moved into last July. The second floor room overlooking the street – you tidied it yourself. Your nest, for better or worse. The neighbours are fine. Two little animals live on the roof. They run to and fro all night like wild cats or like horses galloping overhead. Next door the old drunkard locks himself in and sighs. Sometimes he comes across you on the stairs, brushes past you, his eyes staring vacantly. You can hear the stare hit the wall, break up, and shatter on the floor. You’ve lived here long enough but still don’t know each other’s names. Behind the thin wooden wall he curses in a foreign language. And you curse in another foreign language. You guess this is how dead soldiers converse. Dead soldiers from foreign countries, lying side by side in great heaps. On the other side of the thin wooden wall is your foreign country. Another star over there, nothing to do with you. A pair of madmen. So long as you go mad under separate roofs the world is safe.

Yang Lian

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lundi 21 décembre 2009

Le vélo hydraulique irlandais

Voici la légende de la photo ci-dessous, par Spike Milligan :


Le vélo hydraulique irlandais : ce vélo peut traverser des rivières peu profondes. On prend le vélo au bord de la rivière, puis le passager traverse en courant jusqu'à l'autre rive, où il laisse le vélo, prêt à l'usage pour le retour. Ce qui est merveilleux avec ce vélo, c'est qu'on n'a pas besoin de monter dessus.
Posted by Picasa

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vendredi 30 octobre 2009

Le petit

"Voilà plus de trente ans que j'attends de vivre. Ai-je vécu ? Sans doute quelqu'un a vécu. Mais ailleurs, quelqu'un d'autre est resté, un petit d'autrefois que je connais bien. Celui-là depuis toujours est demeuré, celui-là toujours à la même place demeure. Il attend, il m'attend et à travers la distance énorme il me fait des signes désespérés".

Jean Tardieu

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dimanche 18 octobre 2009

Trois heures du matin

"Ces réveils de 3 heures du matin où l'on sursaute, s'imaginant que l'on est à l'article de la mort. Et cela est vrai. La vie est une maladie mortelle et à cette heure matinale, on s'en rend compte."

Iris Murdoch

Sur la pointe

Tu crois que c’est gai de vivre nu,
Tout nu sur la pointe d’une aiguille
Avec tout ce vide autour de soi
Avec tout ce creux dans les poumons,
Tout nu sur la pointe d’une aiguille
Sans un grain de sable pour s’asseoir
Et sans un nuage pour dormir,
Sans une chanson dans les oreilles
Tout nu sur la pointe d’une aiguille
Avec tout ce froid, ce froid, ce froid
Et ce ciel muet sur les épaules,
Tu crois que c’est gai de vivre mort
Dans l’abîme d’être et ne pas être,
Debout sur la pointe d’une aiguille ?

Géo NORGE, Le Stupéfait (Gallimard)

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samedi 29 août 2009

Dans la longue cage du temps

Elle est arrivée un peu en retard, et je l'ai tout de suite reconnue. Malgré tout ce temps, elle avait gardé cette extraordinaire énergie dans les yeux (des yeux marron foncés, très grands, presque noirs), comme du feu. Les cheveux acajou, assortis à un petit imperméable orange (il y avait eu un petit orage, le café était désert). J'avais eu le temps d'admirer les platanes centenaires de la place, magnifiquement vernis de pluie. Elle m'a parlé de moi tout de suite, et moi j'étais si impressionnée que je ne savais que dire. Mais elle a su me mettre à l'aise, et très vite, l'image que j'avais d'elle, celle d'il y a vingt ans, cette image que j'avais d'elle quand moi-même j'avais vingt ans, cette image s'est peu à peu superposée à sa nouvelle image, et ma propre image d'étudiante s'est superposée (seulement dans ma tête, car elle ne se souvenait sûrement pas de moi) à mon image actuelle. Cela faisait toute une superposition d'images qui se déposaient peu à peu dans la conscience, en même temps que les mots que nous disions : tous ceux que je disais, elle les attrapait doucement au vol, avec bienveillance, et les faisait toujours rebondir en souriant. Elle a laissé échapper une certaine tristesse de partir à la retraite : juste un mot en passant. Elle m'a raccompagnée en voiture jusqu'à la gare routière ; très simplement, elle m'a parlé de ses problèmes de santé qui l'empêchaient de marcher trop vite ; j'ai aussitôt ralenti le pas, évoqué quelques souvenirs . Mais ce n'étaient que mes souvenirs à moi, car elle n'avait pas retenu ces détails-là de ce petit temps passé en commun, il y a plus de vingt ans. Elle m'a dit au revoir, et puis, alors que je marchais hors de la voiture : un large signe de la main, que je lui ai rendu.

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mercredi 12 août 2009

Le Chat

Plongée du neuvième étage
Oeil du phare balayant
Brise lumières ou halos
Tout en bas tout en bas
Un chat déambule nuitamment
Velours noir démarche souple
S'immobilise et lève la tête
Vers moi. Comment savait-il que j'étais là ?

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dimanche 9 août 2009

The gift

I was so happy on thursday : they gave me words like fresh water (the temperature was over 30° in the summertime)
They asked me to come back the following day
They wrote the words and gave them to me.
And then on friday they gave me another whole set of words
They read the words to me
The words slowly spread around the room
They had carefully arranged them
So carefully
It was extraordinary
They had also put flowers with the words
Very special flowers : yellow mini roses
Yellow cute and witty mini roses
I was so happy on thursday

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mardi 14 juillet 2009

Quatorze juillet

C'est un jour de fête : les couleurs pètent dans la nuit bleue. En même temps, à chaque fois, je ne peux m'empêcher de penser à la guerre : les détonations, la révolution... et à tous les pays qui sont encore en guerre en 2009, à ces jeunes gens qui doivent passer des check points pour se rendre à l'université, chaque jour... ce qui rend le trajet si long qu'ils se découragent d'étudier... et c'est précisément le but recherché : le savoir, la connaissance, les études : tout cela est bien dangereux.

dimanche 12 avril 2009

Villa Amalia

Un film de Benoit Jacquot, d'après leroman de Quignard. Une femme décide de disparaître. Elle arrive en Italie, mais dans un lieu hors du monde. Jacquot, parfois, la filme sans la montrer : quand elle marche on entend ses pas sur les herbes sèches, scritch scritch : on marche avec elle, on s'arrête avec elle, le souffle coupé, car le paysage coupe le souffle. On entend sa respiration. C'est ce que j'ai préféré dans le film : ces moments-là.

jeudi 9 avril 2009

Le deal

Deux hommes s'abordent qui ne se connaissent pas : dites-moi ce que vous voulez et je vous le vends, dit le premier, et l'autre répond : dites moi ce que vous avez et je vous dirai ce que je veux. C'est le « deal » sous toutes ses formes. C'est toutes les formes de « deal » que la vie propose, c'est la vérité des relations entre les hommes.

Bernard-Marie Koltès

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mercredi 31 décembre 2008

Dernier jour de l'année

Le dernier jour semble plus intense. Pourquoi ? demain sera là lui aussi, avec le soleil. Mais aujourd'hui c'est le dernier de l'année. Demain le jour n'aura pas le même nom. Mais c'est le cas de chaque jour. Mais oui mais... on sent mieux les secondes quand on les baptise "dernières", ça leur donne plus de prix. C'est comme la vie. Oui mais c'est lourd quand même ; le dernier verre de l'année, le dernier regard, les derniers mots... ça manque d'air, de vent, de danse ! les jours sont plus légers sans étiquette. Oui mais... les étiquettes permettent de se repérer dans le temps, alors ?? alors chuuttt... pas trop de colle.

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dimanche 2 novembre 2008

Mini poème de pluie

La pluie arrive par vagues mouvantes, de la mer
Elle frappe se jette ruisselle le vent s'en mêle
Violemment cliquète la grêle
Sur la vitre qui bouge un peu bousculée de vent
Vigoureux nettoyage et séchage
(Heureusement le double vitrage)

samedi 13 septembre 2008

Le paon

Le vent soufflait... et s'envolait. Il fouettait les joues, s'infiltrait partout. Parfois il frappait la mer contre un rocher : alors jaillissait un paon de mer, un paon tout blanc, coeur battant.

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lundi 21 avril 2008

L'attente

C'est la vie au ralenti,
c'est le cœur à rebours,
c'est une espérance et demie :
trop et trop peu à son tour.

C'est le train qui s'arrête en plein
chemin sans nulle station
et on entend le grillon
et on contemple en vain

penché à la portière,
d'un vent que l'on sent, agités
les prés fleuris, les prés
que l'arrêt rend imaginaires.
(1926)

(Rilke a écrit ce poème directement en français).

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dimanche 6 avril 2008

Poésie

Jean-Michel Maulpoix, à propos de "devant la parole" de Valère Novarina :

La poésie, c'est de « l'alcool d'homme », le très volatil distillat de l'existence et de la chair, le soufflle de « notre habitat léger », de notre corps de « pauvre terre ». La poésie est « une parole soufflée dans le bonhomme de terre ».Par la parole, je suis étrange, je suis vivant. La langue fait mémoire : oeuvre ou réserve, elle se dépose en alluvion sur la réalité. La parole s'élance et recherche : elle fuit, elle s'enfuit, elle souffle. A l'intérieur sont les ailes de l'homme : deux poumons qui font le souffle, deux sacs d'air d'où sort la parole. Des ailes non pour l'envol, mais pour le poème. Au dedans, le battement du proche et du lointain. Au dedans, l'Azur. Au dedans ce vide qui aspire l'espace. A ce dedans, pour ces poumons-là, il faut une bouche.

dimanche 4 novembre 2007

Voyage

« La grande aventure, c'est de voir surgir quelque chose d'inconnu, chaque jour, dans le même visage. C'est plus grand que tous les voyages autour du monde. »

Alberto Giacometti

samedi 27 octobre 2007

La forêt au bord de l'océan

La forêt bruit de vent, de feuilles, d’odeurs et de parfums. La forêt sombre la forêt verte la forêt si touffue et dense... tout au bout, tout au bout, un bout de bois. Et l’océan qui gronde, au bord...

dimanche 30 septembre 2007

...

De vivre rien ne nous console
Mais mourir nous fait de l'effet
pour un bout de temps je pense


Georges Perros

dimanche 2 septembre 2007

En lisant en écrivant

Médiocre valeur du coup d’œil rétrospectif que l’écrivain jette sur ses livres : leur contenu, trop remâché en cours de confection, ne lui est plus de rien ; s’aiguise au contraire chez lui exagérément au fil des années la sensibilité aux mutations de la forme (" Je n’écrirais plus ainsi aujourd’hui "). Tous les signes de mûrissement, ou de vieillissement, qu’apporte un simple intervalle de quelques années, sont perçus, enregistrés par lui avec une subtilité en alerte.Le lecteur, lui, a une tendance inverse à ramener les parties successives de l’œuvre sous un éclairage uniforme et intemporel ; sa préférence va au constat réitéré de l’identité, acquiesce avec délectation à la tyrannie unificatrice de la signature " c’est bien de lui). L’écrivain, devant ses livres, est sensible surtout à son évolution, le lecteur à ses constantes. Un auteur est toujours, il me semble, naïvement surpris quand il constate l’aisance d’un lecteur sans expérience critique particulière à le détecter derrière un fragment de quelques lignes pris au hasard dans ses livres. Il ne se savait pas si ressemblant à lui-même, parce que ses propres livres n’ont jamais pu vraiment lui tendre un miroir; s’il les rouvre, il voit bien en eux ce qui les embue, les raye ou les écaille, non ce qu’ils réfléchissent d’indéformable.

Julien Gracq

samedi 9 juin 2007

L'interrupteur

Aujourd’hui 8 juin 2007. Ce matin dans la cuisine il ne faisait pas beau, il faisait... brillant, il faisait étincelant. Quel soleil ! Je me suis fait un thé plein de lumière : j’en ai bu une gorgée, il sentait la lumière, il avait un goût clair, blond, vivant... je l’ai bu en fermant les yeux tant j’étais éblouie... mais ce qui m’a vraiment figée, et il faut bien le dire, un tantinet déboussolée, c’est le geste que j’ai fait, machinalement, en sortant : j’ai avancé la main... et touché l’interrupteur... sans appuyer.

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mardi 8 mai 2007

Lysia

Je vis Lysia Verhareine passer devant le café, et sourire, tandis que Fermillin la saluait bien bas en lui donnant du "mademoiselle". Je la vis, mais elle ne me vit pas. J'étais trop loin. Elle portait une robe qui avait la couleur sanguine des pêches de vigne, un petit chapeau de paille orné d'un ruban carmin, ainsi qu'un large sac tressé, qui se balançait sur sa hanche d'une façon gaie et douce. C'était le matin du 4 août. Le soleil montait comme une flèche et séchait déjà la rosée. Il allait faire une chaleur à tanner tous les désirs. (...)
Ensuite, je ne la revis jamais.

Philippe Claudel, _Les âmes grises_

dimanche 25 février 2007

Le voile

Certaines choses qui ont captivé nos sens se développent dans le secret de l'âme, et l'intellect croit les saisir, de même que la personne entre veille et sommeil croit comprendre ce qu'elle a entendu. Il n'en est rien. Le temps passe. Un jour, des images se réveillent que la mémoire a entassées dans ses réserves, et la splendeur et la frayeur dont elles nous ont frappé jadis, se couvrent de mystère. Nous voilà esclaves de celui-ci, qui nous fait sans cesse des signes, nous charme un instant et nous tourmente à souhait, nous privant de la volupté de connaître ce que fut la vérité du moment. Nous avons perdu le don de poser en paix la main sur la terre, de regarder un arbre ou les étoiles sans arrière-pensée.
Qu'ai-je vu d'emblée dans ce bloc de pierre que la patience et la hardiesse des ciseaux avaient rendu tout de souplesse au regard ?
Le voile. Le voile de marbre. Le voile de marbre que l'on eût dit mouillé. Le voile de marbre plié, déplié, se résorbant dans les creux d'un corps captif, d'une subtilité de gaze sur la saillie des veines, si intimes, des membres ou du front ; sur les ressauts du visage vaguement tourné, des genoux fléchis, des pieds à jamais sans sol qui semblent vouloir le tendre, l'étirer, provoquer son glissement, s'en défaire.
J'admirais avec délectation la maîtrise du sculpteur qui, ayant changé en transparence l'opacité de la matière, suscitait l'envie folle d'arracher ce voile qui jouait à masquer la nudité du Christ et ne faisait qu'un avec son corps. Nul artiste ne m'aura donné, jamais, en regard de la technique de Sanmartino dans son Christ voilé de Naples, l'impression d'être allé au-delà du possible.

Hector Bianciotti, _Le pas si lent de l'amour_ , éditions Gallimard, Folio, pp 44-45

Agnostic

What does a dislexic agnostic insomniac do?
Stays up all night wondering if there's really a Dog.

dimanche 4 février 2007

Snow cake

Un film de Mark Evans.

Avec de gros morceaux de neige dedans.
Un homme quasi mutique, introverti, solitaire, morose, mou, va être amené à vivre quelques jours avec la mère de celle qu’il a eu à peine de temps de connaître, qui était assise à sa droite au moment du choc de l’accident. Cette femme (la mère de la morte) est autiste. Au cours du film, subrepticement, on sent grandir en nous les mêmes peurs, répulsions, inquiétudes, joies et enthousiasmes que ceux de cette femme, et ce qui est extraordinaire, c’est qu’on le sent physiquement. On rit aussi, des situations, des dialogues. Le coeur se contracte parfois. On voit la neige flotter calmement (dans la nature, ou dans les petites boules de verre ramasse-poussière que l’on retourne pour que la neige tombe), comme pour apaiser la violence de l’existence. Et puis il y a une partie de scrabble, où nous est révélé le sens de mots sublimes comme « dazzlious »...

lundi 22 janvier 2007

Strangers

UNIDENTIFIED GUEST

Ah, but we die to each other daily.
What we know of other people
Is only our memory of the moments
During which we knew them. And they have changed
since then.
To pretend that they and we are the same
Is a useful and convenient social convention
Which must sometimes be broken. We must also remember
That at every meeting we are meeting a stranger.

T.S. Eliot, _The Cocktail Party_, Act one, scene 3, Faber editions, p74.

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vendredi 20 octobre 2006

Vite, vite, la mer !

jeudi 12 octobre 2006

Ponctuation

"La ponctuation préférée de Tchékhov, ce sont les points de suspension... il les confie aux comédiens comme un espace de rêve."

Nikita Mikhalkov

lundi 9 octobre 2006

Portrait de l'artiste en petite fille









dimanche 1 octobre 2006

Alice's encounter with the Red Queen

Alice never could quite make out, in thinking it over afterwards, how it was that they began: all she remembers is, that they were running hand in hand, and the Queen went so fast that it was all she could do to keep up with her: and still the Queen kept crying 'Faster! Faster!,' but Alice felt she could not go faster, though she had no breath left to say so. The most curious part of the thing was, that the trees and the other things round them never changed their places at all: however fast they went, they never seemed to pass anything. 'I wonder if all the things move along with us?' thought poor puzzled Alice. And the Queen seemed to guess her thoughts, for she cried 'Faster! Don't try to talk!' ... And they went so fast that at last they seemed to skim through the air, hardly touching the ground with their feet, till suddenly, just as Alice was getting quite exhausted, they stopped, and she found herself sitting on the ground, breathless and giddy. The Queen propped her up against a tree, and said kindly, 'You may rest a little, now.' Alice looked round her in great surprise. 'Why, I do believe we've been under this tree the whole time! Everything's just as it was!' 'Of course it is,' said the Queen. 'What would you have it?' 'Well, in our country,' said Alice, still panting a little, 'you'd generally get to somewhere else - if you ran very fast for a long time as we've been doing.' 'A slow sort of country!' said the Queen. 'Now, here, I see. It takes all the running you can do, to keep in the same place. If you want to get somewhere else, you must run at least twice as fast as that!'


L. Caroll _ Alice Through the Looking Glass_

"Ah ! quand refleuriront les roses de septembre !"

lundi 25 septembre 2006

L'entre-deux











Deux Allemands qui ont loué dans la région (en provence) vont régulièrement au "bar du commerce" de leur patelin et se régalent de voir que toute la vie du patelin se trouve là, et ils ont repéré les différents lieux à l'intérieur du bar : au bar,près de la machine à café, près de l'entrée, à ce que j’appelle l'entre-deux, près du poteau : tous les autres lieux sont pour les non-habitués. Ils s'étonnent aussi d'être si bien acceptés par les gens du coin : mais ce sont des Allemands qui parlent français, curieux et ouverts, alors tout le monde au bar du commerce vient voir "les Allemands".

L’entre-deux est mon endroit préféré : à la limite entre l’intérieur et l’extérieur, près des portes coulissantes qu’on laisse bien ouvertes quand l’air est doux.

dimanche 24 septembre 2006

Le cabanon de Rosette

http://media.putfile.com/Le-cabanon-de-Rosette

http://media.putfile.com/Le-cabanon-2

http://media.putfile.com/Le-cabanon-3

vendredi 22 septembre 2006

Un peu de midi et quart

Un peu de midi et quart
C'est la quatorzième minute
Qui se prélasse et qui dit chut
Je suis au bord du placard
J'arrive bientôt à l'armoire

Un peu de midi et quart
Dans mon sac bleu c'est tout léger
Il pleut un peu ça va sécher
Biscuit doré de la mémoire
Tout croustillant de nougat noir

mercredi 20 septembre 2006

Septembre




"Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver."
René Char _ La parole en archipel_

dimanche 17 septembre 2006

Rouge




The Red -- Blaze -- is the Morning --
The Violet -- is Noon --
The Yellow -- Day -- is falling --
And after that -- is none --

But Miles of Sparks -- at Evening --
Reveal the Width that burned --
The Territory Argent -- that
Never yet -- consumed --

Emily Dickinson

samedi 16 septembre 2006

Une fleur a éclaté

Mon orchidée a laissé tomber deux de ses boutons tout pleins de couleur : là, par terre, ils gisaient doucement, ganglions de sang. Je n’ai jamais eu la main verte, avec moi les fleurs courent à leur perte.
Et puis ce soir, ce soir ! Une fleur a éclaté en mon absence ! elle a attendu la solitude et le silence pour s’ouvrir : en la regardant, j’entends le bruit qu’elle a dû faire... un bruit de champagne.

mercredi 13 septembre 2006

16h 31 ; 16h 32 ; 16h 33






L'Odeur du Buis.
Moments qui n'existent plus, choses finies pour toujours ? Evidemment, la couleur de tes yeux le 6 octobre 76 lors de ce gros orage. Evidemment, ce chant du rossignol le 17 mai 74 à 21 heures 42. Evidemment ... silence ! Tout cela s'évanouit, tout cela dort profondément. Peut-on se réveiller d'un tel sommeil ? grand Ciel, rendez-moi pour une minute l'odeur du buis à Fayt dans le verger de mon oncle et les mouches du pays vibrant sur la tarte aux prunes. "

Norge _Les Oignons sont en fleur_

samedi 9 septembre 2006

Arbres dans la ville





Le long des platanes, mélange de lumières.
Tout près du petit Casino : l'odeur du pin perce sous le bitume, ses aiguilles lui veloutent le pelage.

La couleur monte


dimanche 3 septembre 2006

Signe

L'oiseau qu'on tire à la volée
laisse dans les nuages
le début de sa mort.

Il tombe et dévide le fil
de la duveteuse agonie
dont les roseaux l'entourent.

Tu finis.
Les eaux corrompues
te font une gloire de bulles.

Je ne veux retenir que ce trait,
ce mince météore
au-dessus des marais amollis,

cette échelle appuyée
sur les hauteurs indifférentes
du soleil.


Toursky

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vendredi 1 septembre 2006

Sacro-lombaire

Se lever ? Un calvaire. Se pencher en avant ? Un quart d’heure. Marcher ? Mais alors sans bouger les cuisses. Se chausser ? Mais alors sans les lacets. Manger un petit suisse ? Mais le sucre est trop haut ! Se hisser ? d’abord un porto ! Ah le bel oiseau le bel enfant la fleur aussi a un cou si flexible... sans effort sous le vent ! Demain je sautillerai verre de champ’ à la main pour fêter mes sacrées lombaires.

mercredi 30 août 2006

Prunes



Rond

"Qu’est-ce qu’il y a donc
de plus rond que la pomme ?

- Si lorsque tu dis : rond,
Vraiment c’est rond que tu veux dire,
mais la boule à jouer
Est plus ronde que la pomme ;

mais si, quand tu dis : rond,
C’est plein que tu veux dire,
plein de rondeur
Et rond de plénitude,

Alors il n’y a rien
de plus rond que la pomme."

Eugène GUILLEVIC

mardi 29 août 2006

La mer



LA MER
II est difficile de peindre la mer, mais il est simple de peindre des vagues. Toutes les couleurs conviennent, elles sont toujours justes, car il existe des vagues de toutes les couleurs. Voilà pourquoi l'artiste dessine beaucoup de vagues, puis il étend des jaunes, des bleus, des verts, des gris, des bruns mêmes. Enfin, il peint le sentiment. C'est le plus important pour la mer.

Norge

samedi 26 août 2006

Silence



vendredi 25 août 2006

Fard à paupières

mardi 22 août 2006

Petit matin


À travers

mercredi 16 août 2006

La photo vache qui rit

mardi 15 août 2006

Le ciel géométrique




dimanche 13 août 2006

J'ai aimé un cheval

J'ai aimé un cheval - qui était-ce? - il m'a bien regardé de face, sous ses mèches.

Les trous vivants de ses narines étaient deux choses belles à voir - avec ce trou vivant qui gonfle au-dessus de chaque oeil.

Quand il avait couru, il suait : c'est briller ! - et j'ai pressé des lunes à ses flancs sous mes genoux d'enfant...

J'ai aimé un cheval - qui était-ce? - et parfois (car une bête sait mieux quelles forces nous vantent)

il levait à ses dieux une tête d'airain : soufflante, sillonnée d'un pétiole de veines.

Saint John Perse

samedi 12 août 2006

Le ciel avait un doux frou-frou

Le grand escalier de la gare

Les façades mouvantes