mardi 8 mai 2007

Lysia

Je vis Lysia Verhareine passer devant le café, et sourire, tandis que Fermillin la saluait bien bas en lui donnant du "mademoiselle". Je la vis, mais elle ne me vit pas. J'étais trop loin. Elle portait une robe qui avait la couleur sanguine des pêches de vigne, un petit chapeau de paille orné d'un ruban carmin, ainsi qu'un large sac tressé, qui se balançait sur sa hanche d'une façon gaie et douce. C'était le matin du 4 août. Le soleil montait comme une flèche et séchait déjà la rosée. Il allait faire une chaleur à tanner tous les désirs. (...)
Ensuite, je ne la revis jamais.

Philippe Claudel, _Les âmes grises_