lundi 21 février 2005

The lantern-bearers

http://etext.library.adelaide.edu.au/s/stevenson/robert_louis/s848ce/s848ce19.html

"The observer (poor soul, with his documents!) is all abroad. For to look at the man is but to court deception. We shall see the trunk from which he draws his nourishment; but he himself is above and abroad in the green dome of foliage, hummed through by winds and nested in by nightingales. And the true realism were that of the poets, to climb up after him like a squirrel, and catch some glimpse of the heaven for which he lives.

And, the true realism, always and everywhere, is that of the poets: to find out where joy resides, and give it a voice far beyond singing.

For to miss the joy is to miss all. In the joy of the actors lies the sense of any action. That is the explanation, that the excuse. To one who has not the secret of the lanterns, the scene upon the links is meaningless."

Robert Louis Stevenson _Collected Essays_

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dimanche 20 février 2005

Mots

"Et ainsi, je parle, je parle, je parle, je parle ! J’accumule vocable sur vocable, le verbe qui se plie, l’adjectif comme un bloc, les prépositions-éclairs, les adverbes ductibles, – tout cela sans avancer d’un pas ! Et le temps passe ! J’ai si peu de jours ici-bas pour la nomenclature de la surabondante Création ! Comme elle est lente, la parole ! Il me faudrait aller toujours plus loin dans la vitesse. Il me faut des mots qui fusent, d’autres qui brûlent, d’autres qui désaltèrent. Il me faut des rapprochements de concepts, un papillottement d’images, des chocs de souvenirs qui fassent jaillir l’éclair ! La foudre ! La joie ! Le feu ! La cendre ! Le rire ! Les sanglots ! Et l’ineffable qui est au-delà ! Moins de mots ! Toujours moins de mots, mais qu’ils éclatent ! qu’ils éblouissent ! qu’ils déchirent ! qu’ils réduisent à néant les pensées toutes faites, les uniprix de la raison pure, les ronrons de la poésie au mètre !"

Jean Tardieu "Cette peinture que l'on dit abstraite"

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mardi 15 février 2005

Larsen

MON PAYS

Je vous viens d'un pays en dedans des souffrances
Où je dois me créer grâce à mes créatures;
J'y possède depuis mon premier souvenir
Un cheval immobile qui mâche de biais
Son trèfle et j'y possède ce trèfle qui lui tire
En gamin sur les dents pour être enfin mangé.


Dans ce pays en dedans des souffrances,
Le chuchotis du Temps n'alourdit plus les branches,
Les mots tombent de moi, sans poids, plus nuls qu'un songe
Où jamais ne s'émut que le remous d'une ombre;
Trop imagés de mort pour n'être pas présages,
Mes héros délivrés m'ont laissé leurs blessures.


Dans ce pays en dedans des souffrances,
Voici ma joie, oui, joie, - semblable à ma torture:
J'y murmure très seul des silences plus ténus
Que moi-même ou parfois, triste plaisir trop pur,
Au paradis de l'art d'où nul ne revient plus,
Je poursuis sans nul but l'aventure des nues.


Seuls les jeux des oiseaux, des ruisseaux, des herbages,
M'aident lorsque je veux descendre en votre sang
Pour céder tous mes cris à l'amour des vivants,
(Oh ! pleurs, détruirez-vous d'eux à moi la distance ?)
A l'amour des passants, moi qui suis de passage
Et qui ne prétends plus qu'à mon trop haut tourment.


Et lorsqu'au sol enfin j'accède en égaré,
J'y suis contrebandier d'indicibles souffrances
En me cachant de tous je les porte au marché,
Contre elles dans un coin je demande en silence
De ce vin qu'il me faut pour ne pas trop pleurer,
Mais je n'insiste pas, je suis contrebandier.

Armand Robin _Ma Vie Sans Moi_, Pays (1ère partie)