vendredi 30 décembre 2005

La nuit

La nuit tombe vite en hiver. La force de gravité est plus violente dans le froid : on la sent dense, lourde, épaisse, la nuit, sur les épaules, tout d'un coup. C'est une main, (la main de la nuit !) par derrière, elle tapote, serre l'arrondi de l'épaule : ne te retourne pas surtout ! Vlan, un coup d'écharpe ! Il pleut par dessus la rivière, il faut sauter sans se mouiller...
Le caillou immobile dans la rivière, en route silencieuse, vers l'océan... demain, demain la surprise, c'est Noël : un galet.

mercredi 21 décembre 2005

Le lendemain matin

Le lendemain matin (bien qu'on eût soigneusement isolé le troupeau, et, pour la nuit, on le poussait sous une roche), le lendemain matin, deux bêtes de nouveau ont été atteintes par la maladie.
Ils ont été chercher de nouveau la hache à long manche ; ils se sont remis à creuser.
Sous le beau ciel, par le beau temps ; car il a fait beau sans interruption tous ces derniers quinze jours, avec une frange de froid régnant encore le matin, le long des parois, du côté de l'ombre, faisant place à une grande chaleur pleine de mouches et de taons.
Ils étaient regardés seulement depuis là-haut, par cette bande de ciel bleu ; il n'y a eu qu'elle, tous ces quinze jours, et elle a été toujours la même, ramenant sur ses bords, à chaque lever de soleil, un même bel arrangement de tours, de pointes, d'aiguiles, de dents.
Le beau temps allait là-haut, sans s'occuper de vous, avec son horlogerie ; et des hommes sont dessous, mais est-ce qu'ils sont seulement vus ? quand il y a ces quatre points, et ce cinquième ; puis plus aucune autre chose vivante, par toute la grande combe et au delà sur le chemin, parmi la rocaille et les éboulis ; sauf les ombres qui lentement tournent, un arbre qui bouge, un choucas, une corneille, ou bien l'aigle immobile sur ses ailes haut dans l'air, comme s'il pendait à un fil.
Et quatre hommes là, vus ensemble, puis un cinquième qui s'éloigne d'eux, allant dans la direction du glacier ; et, parfois, vers le soir, l'un des quatre aussi s'en allait, mais dans la direction contraire : c'est-à-dire jusqu'à la porte qui ouvre sur la vallée.
Joseph, arrivé là, choisissait un point dans le ciel.
Le point qu'il choisissait dans le ciel était juste au-dessus du village ; il n'avait plus ensuite qu'à se laisser tomber de là-haut, droit en bas.

Ramuz, _La Grande Peur dans la montagne_

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samedi 10 décembre 2005

Écrire

"Écrire, c'est renoncer au monde en implorant le monde de ne pas renoncer à
nous."
Georges Perros
(Papiers collés 1, p.67, Éd. L'Imaginaire/Gallimard n°176)

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mercredi 7 décembre 2005

Le côté frais de l'oreiller

La fièvre monte et pique le thermomètre.
Le cactus aiguise ses pointes au fond de la gorge. Fouille le rouge de la chair vive. Il fait liquide et chaud. Air compacté serré, plein de microbes qui sautillent. Les phrases sont courtes, contaminées : je parle avec les doigts. Les mots du bout de la langue : revenez, attendez-moi. Il faudrait quelque chose, un petit événement doux, comme par exemple, par exemple… juste sentir sur la joue le côté frais de l’oreiller.
To have a temperature. Not any kind of temperature, the spiky type. The cactus hurts deep into the throat. Right into the red delicate sensitive flesh.
The room is too hot and aggressive, I need something… something soft, like the soft coolness on the reverse side of the pillow.

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