dimanche 10 octobre 2010

Dominique

Quand, tourné vers le ciel, on voudrait pleurer et que là-haut, tout à coup, à la queue leu leu, trois petits nuages roses prêtent à rire ; quand à la mi-février on s'y croit déjà, et que le vingt-huit du mois, de nouveau, la neige le dispute au printemps ; quand d'un grand malade on entend dire qu'il va mieux et que, le lendemain, il est mort ; quand après le va-et-vient on va doucement, et puis presque plus, parce que c'est dangereux ; quand après avoir roulé longtemps l'avion attend et que, brusquement, il nous emporte; quand, en plein milieu de la journée on se dit "Oh là là, il faut que j'appelle Maman" et que ce n'est plus la peine, depuis deux ans déjà ; quand un matin après l'hiver, on fait fête au premier grand beau temps et qu'on se souvient qu'on est vieux ; quand au coup de sonnette on va, la serviette à la main, ouvrir la bouche pleine, et que c'est une bonne nouvelle; quand on apprend que trois frères existent, qui font de la musique; quand on ne croit plus à rien, et qu'encore une fois la vie s'emballe... Toutes fois que le temps a comme un hoquet, toutes fois que le temps marque un temps, il faut prendre le pas..."

Raphaële Billetdoux "Mélanie dans un vent terrible"

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