lundi 26 juin 2006

Beauté mortelle








C'est un laurier qui sent vraiment le miel ; assez fort, disons, une cuillérée à soupe dans son coeur. Son parfum enivre, il donne envie de prendre un bon goûter, avec une tartine (de miel !). Chacune de ses cellules est mortellement toxique (fleur, tige, feuille)... il suffit d'une feuille ingérée pour tuer une personne adulte... elle agit directement sur le rythme cardiaque.

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lundi 19 juin 2006

Ce soir

La baie vitrée était ouverte toute la soirée et pourtant pas un bruit. Pas un seul bruit de voiture, de klaxon, de voix humaines... on aurait dit que quelque chose de terrible s'était passé, ce silence est absolument pétrifiant, inquiétant, un silence qui n'existe jamais dans une ville de près d'un million d'habitants ! ça paralyse un peu le sang un silence aussi épais, aussi longtemps ! Alors quoi ? que se passe-t-il ? une épidémie ? le chikungunya ? une attaque venue "d'ailleurs" ? l'appel du 18 juin ? le calme avant un tsunami ? rien du tout !
La ville entière devant sa télé pour regarder le foot.

dimanche 11 juin 2006

Le petit pêcher au fond du jardin


On arrive au fond du jardin sur de longues herbes sèches luisantes de soleil, des herbes blondes. Ça crisse sous les pieds comme la paille. Quelques bruits furtifs dans le tas de bois, en passant : un lézard, peut-être... L’air saturé de soleil : l’odeur se fait plus précise à l’approche du petit arbre ; d’abord juste une odeur sucrée mêlée de soleil, et puis, soudain : mais oui, ça embaume la pêche !!

Un peu plus près







On ne voit pas très bien les fruits tout de suite, le petit arbre les cache sous les longues feuilles vertes... on les voit quand même parce que le rouge ressort bien par en dessous, mais rien d'ostentatoire, pas m'as-tu-vu pour deux sous. Alors, approchons-nous. Au plus près de la peau des fruits... de petites pêches tièdes, à la chair blanche, au goût divin de pêche, le goût de la pêche idéale (j'ai compris en les dégustant qu'il existait un goût idéal, un goût qu'on s'imagine comme le meilleur dans le monde des goûts de pêche : eh bien, ce goût, je le connais depuis hier).

Sous la glycine
















Pendant l'éclipse de soleil, les ronds de lumière s'étaient changés en petits croissants... imaginez ! des petits croissants de lumière par terre, quelques minutes seulement.

mardi 6 juin 2006

Les mots de Ramuz

Ramuz, La Grande Peur dans la montagne


Le temps, le verbe « aller », la répétition, le cinéma, la métaphysique.

(Quelques pauvres mots pour tenter de dire combien le texte de Ramuz est beau.) :
Ramuz écrit le temps qui passe, et qui s’éprouve dans la nature, au milieu d’elle. Le beau temps, c’est aussi le temps tout court.
(p124) « le beau temps a continué de se tenir au-dessus d’eux  ; ils se sont déplacés, un moment encore, sous le beau temps ; puis la fatigue leur est venue ». La matière du temps est en tissu de ciel, de lumière, on la sent à chaque page, sous les doigts, sous les yeux. Les points virgules sont des respirations, l’effort des hommes ; ils disent aussi le temps qui se déroule, qui s’écoule toujours sous l’oeil du ciel immobile ; le temps s’incarne dans les hommes.
Il y a aussi cet emploi du verbe « aller », pour dire le temps : « de nouveau, la belle journée allait, faisant glisser le soleil d’une arête à l’autre, au-dessus de nous, comme le long d’un câble ».(p125) A chaque fois, je m’émerveille devant ces images si claires, fluides, poétiques !
Quand ils rabattent le troupeau « ils sont allés, ils sont allés longtemps » (p122)
Le verbe aller exprime aussi le mouvement du coeur. Quand Joseph pense qu’il aura une lettre de Victorine, parce qu’on est samedi, et que la lettre sera sûrement là avec les provisions, on sent tout le tumulte dans sa poitrine, qui s’anime au fur et à mesure qu’on approche de l’heure où la lettre doit arriver. « il était presque joyeux ; voilà comment va le coeur . Il ne se pressait plus, ayant besoin d’être seul (le contraire d’avant), voilà comment va le coeur » et le paragraphe se termine par « voilà comment va le coeur » ! cette petite phrase est répétée trois fois en peu de lignes : on sent bien l’émotion qui grandit, les mouvements précipités du corps, son agitation, et en même temps, la voix bienveillante de Ramuz qui regarde le jeune homme. Et ce verbe aller, tout nu, tout simple, sans chichis, qui dit la vie qui va... Tout au long du roman, la répétition des mots au coeur de la marche des hommes, de leur souffle, de leur fatigue, le long du câble du soleil.
Les étoiles aussi sont tout près des hommes, elles leur montrent tout l’univers et leur place au milieu de lui : il suffit de les regarder. « Joseph, arrivé là, choisissait un point dans le ciel. Le point qu’il choisissait dans le ciel était juste au-dessus du village ; il n’avait plus ensuite qu’à se laisser tomber de là-haut, droit en bas. ». La grande peur dans la montagne, la peur de la mort, l’incompréhension, la torture. Elle est résumée dans la question poignante de Joseph devant la pensée du corps sans vie de Victorine : « Ce n’est plus elle, non, mon Dieu ! Alors qu’est-ce qu’il faut que je fasse  ? ». C’est comme si une caméra entrait dans la pensée de Joseph : on le sent hésiter, son corps se dirige vers Victorine, et puis il réalise qu’elle est morte, qu’il va vers elle, non, il ne va pas vers elle...
La caméra se déplace dans le livre, c’est la première fois que je sens un regard de réalisateur de film dans le texte d’un roman ! La phrase la plus cinématographique ? voici : « L’angélus du soir s’était mis à sonner, interrompant le bruit des bancs qu’on déplaçait, tandis que les trois hommes qui venaient d’entrer avaient ôté leurs chapeaux, tournant le dos à clou, en sorte qu’on n’a pas pu voir si Clou ôtait le sien, ou non. ». Mais il y aurait encore beaucoup de phrases à citer, il y aurait le texte entier à citer (qu’est-ce que vous attendez ? lisez-le !) beaucoup d’images, de poésie, d’expressions fraîches, de lumières vives, et d’autres plus discrètes, qui luisent doucement à travers les mots, toutes retenues, pudiques, et en même temps, au même moment, simples, simples, toutes simples...