jeudi 28 janvier 2010

L'attrape-coeur

You know that song 'If a body catch a body comin' through the rye'? I'd like--""It's 'If a body meet a body coming through the rye'!" old Phoebe said. "It's a poem. By Robert Burns.""I know it's a poem by Robert Burns."She was right, though. It is "If a body meet a body coming through the rye." I didn't know it then, though."I thought it was 'If a boy catch a body,' " I said. "anyway, I keep picturing all these little kids playing some game in the big field of rye and all. Thousands of little kids, and nobody's around -- nobody big, I mean -- except me. And I'm standing on the edge of some crazy cliff. What I have to do, I have to catch everybody if they start to go over the cliff -- I mean if they're running and they don't look where they're going I have to come out from somewhere and catch them. That's all I'd do all day. I'd just be the catcher in the rye and all. I know it's crazy, but that's the only thing I'd really like to be. I know it's crazy."

JD Salinger, qui est mort aujourd'hui.

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Océans

J'ai vu hier le film-documentaire de Jacques Perrin, Océans. Je ne veux pas parler du commentaire qui était banal et un peu simplet, mais seulement des images, du mouvement, des couleurs, des angles de vue, des surprises, de ce que les Anglais appellent "awe": mélange de respect, d'extase, d'admiration, d'humilité, de plaisir et de sidération. Oui, tout cela à la fois !
Des créatures aux formes incroyables, délicates comme des papillons, glissant sur l'eau comme en apesanteur, ou vives comme l'éclair pour fondre sur leur proie ; énormes et puissantes, comme ces cachalots filmés de si près qu'on aurait pu les toucher, pour contempler à loisir leurs taches noires sur une peau laiteuse, des taches toutes différentes, mais formant un ensemble si harmonieux, comme des peintures... la peau des cachalots m'a fait penser à des haricots blancs tachetés : même irrégularité élégante, même assemblage imprévisible et beau.
Un iguane, filmé au début, semble tout droit sorti de la préhistoire : le réalisateur filme ses pattes lentement, hors de toute échelle, de bas en haut, très lentement, de sorte qu'on puisse distinguer chaque millimètre de sa peau, chaque ridule, chaque dessin. La caméra le suit par derrière, on entend sa respiration sous l'eau, puis l'éclatement de son arrivée en surface... la rupture est fracassante, radicale : on passe en une fraction de seconde éclaboussée d'un monde assourdi à un autre, clair et net, résistant et dur.
Et les couleurs : j'ai vu un poisson-ruban. Il existe des jouets pour les enfants, de longs rubans multicolores qui deviennent vivants dès qu'on les agite dans l'air, parce qu'on ne distingue plus bien les couleurs qui bougent trop vite en ondulant comme un serpent : eh bien ce poisson-là, c'était un poisson-ruban qui bougeait tout seul, royalement, élégammant, de toutes ses couleurs éclatantes.
Et les baleines : on ne sait où elles commencent, où elles finissent, leurs formes énormes remplissent l'écran-océan, un mélange de bienveillance et de puissance inouïe.
Un autre plan montre des milliers de tout petits poissons tournoyant sans cesse et formant une sorte de boule mouvante : quel mystère ! comment tous ces si petits poissons peuvent-ils avoir l'idée si précise de ce qu'ils créent ? comment savent-ils comment se déplacer pour créer une boule aussi parfaite ? Aucun d'entre eux ne sort de la boule parfois pour avoir une vue d'ensemble, non : ils tournent tous en parfaite harmonie et forment cette boule tous ensemble comme par magie... Mieux ! la boule de poissons peut se défaire et se refaire en quelques secondes !(juste après qu'un danger est passé, par exemple).
Tout à coup l'écran se couvre d'araignées de mer... d'abord quelques-unes, puis de plus en plus, puis des milliers ! un rassemblement hallucinant et secret, en plein océan... plus loin des méduses gonflent leurs robes de dentelles, rivalisent de délicatesse et de transparence.
Le spectacle des mini tortues sortant du sable et découvrant le monde pour la première fois, de l'oeil un peu hagard du nouveau né encore un peu fripé, m'a contracté le coeur. Leurs mouvements sont hésitants, désordonnés, et pourtant précipités d'urgence : vite, vite, la mer ! de grands oiseaux de proie tourniquent déjà dans le ciel et fondent sur elles comme des bombes. La distance jusqu'à la mer semble si grande pour leurs petites pattes, et leur allure si pataude ! la tragédie est déjà là, juste au sortir de l'oeuf.
Ce qui m'a le plus réjouie dans ce film, c'est la vrille virevoltante des dauphins. Un banc de dauphins glisse vite dans l'océan, glisse glisse, certains font de petits bonds, puis, tout à coup, l'un d'entre eux s'élève dans le ciel et fait 7 ou 8 fois des tours sur lui-même, puis retombe dans l'eau et continue à nager : alors commence un véritable ballet de dauphins, tous s'élancent et font des tourniquets, des cabrioles : j'ai l'impression qu'ils rigolent ! ils vrillent dans l'air par pur plaisir, il ne s'agit pas d'attraper une proie ni rien, mais juste de se régaler à tourner sur soi-même au-dessus de l'océan, à remplir l'espace de toute leur joie de dauphins virevoltants.

... pendant ce temps-là...
Il m'était difficile de faire abstraction de l'odeur de pizza à ma gauche (odeur intense des pizzas, puis farfouillage intensif dans le sac de madame pour trouver des mouchoirs en papier pour monsieur, on s'essuie les mains, mais le gras ne part pas (c'est de la pizza quand même), donc re-farfouillage pour trouver une lotion au citron, badigeonni-badigeonna, puis on remet en place la lotion au citron ; difficile aussi d'ignorer le sac de pop-corn au milieu de la salle, ni les commentaires en temps réel derrière moi (là c'est des méduses, oh il lui a arraché la patte, oh celui-là n'est pas beau, quelle horreur), ni la luminosité des téléphones portables (toujours le même couple aux pizzas) ouverts, puis refermés, puis rangés, puis rouverts... criiiiiiise !

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jeudi 21 janvier 2010

La preuve

« La photo ne veut rien dire, elle ne dit rien, elle ne prouve rien (...) Avoir investi dans la photographie cette valeur de "preuve", affirme-t-il, a créé la concurrence et les photos "bidons". Quand il s'agit d'une vision personnelle, il n'y a pas de concurrence. Ce qui compte, ce sont les petites différences, les "idées générales" ne signifient rien. Vivent Stendhal et les petits détails ! Le millimètre crée la différence. Et tout ce que prouvent ceux qui travaillent dans la "preuve", c'est leur démission devant la vie. »
Henri Cartier-Bresson

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